Lac Inle et ses jardins flottants originaux

Lac Inle et ses jardins flottants originaux

Le lac Inle, le courant d’eau gigantesque à la fois mystérieux qui longe les montagnes et les collines birmanes, figure la destination incontournable pour les voyageurs de quatre coins du monde. Ils sont intrigués, fascinés par les gestes extrêmement adroits des pêcheurs, par l’atmosphère mythique autour des monastères et des sanctuaires anciens, par la tradition des métiers du tissage de soie et de lotus…et évidemment par les jardins flottants témoignant d’une culture agricole authentique que l’on trouve nulle part ailleurs dans le monde.  

Les jardins tissent les îles flottantes

S’étirant sur 22kilomètres du nord au sud et sur 11 kilomètres en son point le plus large, le lac Inlé se situe à plus de 800 mètres d’altitude. De profondeur en moyenne 2 mètres en saison sèche et 4 mètres en saison des pluies, ce lac fut depuis plusieurs siècles l’espace de vivre de la population Inthas, le peuple lacustre qui mène son mode de vie en harmonie avec l’environnement grâce à une économie aquatique et agricole durable.

Les Inthas ont en effet une méthode tout à fait originale de culture des fleurs et des légumes sur de petites îles flottantes artificielles qui ne peut être observée que sur leur lac grandiose.

Ce sont des masses de végétaux emmêlées sur une épaisseur de plus d’un mètre qui se sont formées au fil des temps. Sur ce tapis de végétation naturelle à la surface d’eau, le cultivateur dispose vase et algues amenés du fin fonds du lac pour réaliser des “planches de culture”, le terrain où ils enfouissent des graines ou repiquent des plants issus d’une pépinière. Ainsi ces petites îles artificielles accueillent des cultures de tomates, de fleurs… Afin d’éviter que les jardins flottants dérivent, l’eau étant peu profonde à ces endroits les cultivateurs enfoncent dans le sol de grands piquets de bambou.

Les cultivateurs se déplacent entre les plants à bord de barques sans moteur dont ils enroulent l’unique rame d’une jambe afin de lui imprimer un mouvement circulaire. Ce spectacle riverain est impressionnant à voir.

Il faut savoir que les potagers flottants couvrent aujourd’hui le quart de la superficie du lac. La spécialité tomate d’Inle, très appréciée et cueillie lorsque les fruits sont encore verts, sont vendus sur tous les marchés du pays pendant les huit mois de production. On trouve également fleurs, légumes à gousse, courges ou concombres dans la liste de production des « inlenois ». Leurs produits agricoles font désormais les labeurs reconnus en Birmanie.

Inle et sa peau de chagrin

Depuis quelques années, le lac Inle est menacé. Le fragile équilibre entre les ressources naturelles et leur exploitation est mise en alerte. Le danger dû aux engrais et aux pesticides polluants provenus de la Chine et de la Thaïlande, ainsi le développement touristique incontrôlé à partir de l’ouverture du pays en 2011. Mais la faute surtout à la déforestation des montagnes voisines qui précipite les limons dans le lac lui faisant perdre un tiers de sa superficie depuis les années 30. Selon certains spécialistes, la disparition du lac Inle d’ici 50 à 75 ans est probable.

Pour éviter l’assèchement du lac et l’empoisonnement de ses eaux et de ses jardins flottants, des mesures commencent à être prises par le gouvernement birman, notamment pour réduire le nombre des jacinthes d’eau, plantes envahissantes et venues d’ailleurs.

Pour que ce joyau du pays d’or se rebrille, il faut mener les stratégies fermes et efficaces de tous les acteurs politiques, économiques, touristiques et locaux.